mardi 12 juin 2012

Libreria l'Acqua Alta










À petits pas, nous voilà arrivés à la fin de notre visite dans la caverne de " Luigi-Baba " !
Nous nous trouvons maintenant au coeur de la Libreria, là où trône la gondole remplie d'une multitude de livres et autres bibelots insolites qui profitent d'une promenade imaginaire  !
Au passage, j'aperçois de nouveaux arrivages et j'en profite pour feuilleter quelques belles images... sous le regard énigmatique de deux masques de carnaval.
Marilyn me fait un petit clin d'oeil et Betty Boop est prête à me chantonner son "Boop-Boop-be-Doop-Boop-oop-a-Doop ! ", nous sommes dans le petit rayon érotique !
J'aperçois sur une étagère, devant  un diorama de palais vénitiens, des maquettes de Bragozzo, Topo ou autres bateaux , le regard ne cesse de rencontrer des objets "vintage" ou de pacotille, tels ce chapeau de paline, cet aviron ou autre forcole.
Lorsque je vais vers la porte d'eau, Mlle Musipul fait sa sieste à l'abri des regards, bientôt elle s'éveillera et commencera à s'étirer longuement, puis viendra prendre son tour de guet sur une pile de livres au milieu de la gondole. Quant à Dominic, elle se trouve à l'entrée, elle suit du regard les passants qui viennent pour quelques minutes ou peut-être un grand moment, fureter, découvrir, feuilleter ou "emporter son coup de coeur" !
À mon tour, je vais refermer la dernière page de mon carnet d'images et remercier les hôtes de l'Acqua 
Alta : Luigi Frizzo et ses chats ...

lundi 11 juin 2012

Un sourire et un Clin d'Oeil à Florizel ...



En attendant la fin de ma récréation dans la Libreria " L'Acqua ALta " je vais vous faire profiter d'un instant d'indiscrétion ou lorsque son regard devient un message que l'on glisse dans la fente d'une boîte aux lettres !

Ma curiosité d'aujourd'hui a été  inspirée par une photo de Florizel  le divan fumoir bohémien  (clic), un blog  que j'aime beaucoup,  où je vais flâner et m'évader,  depuis très longtemps, bien avant d'avoir fait moi-même mes premiers pas dans l'univers de la blogsphère. Son univers me captive, si délicat et raffiné, si différent !

J'ai enfin saisi au vol son invitation pour aller à mon tour faire ma petite enquête du côté du campo de le Gate, afin d'échanger avec elle " nos sourires et  nos clins d'oeil vénitiens ".

Une porte ordinaire, une marche, je me suis hissée sur la pointe des pieds et voici ce que mes yeux indiscrets ont vu  à travers la fente, une oasis de silence et de verdure derrière un grand mur et toujours sous la pluie !

samedi 9 juin 2012

Livraison au bord du Rio dei Barcaroli...






Je reviendrai plus tard sur ce petit coin de San Marco, non loin de la Fenice, où j'ai fait quelques images.
La calle , la corte et le sotoportego Minelli  sont très calmes, mais au bout, sur le rio dei Barcaroli, règne un petit trafic très vénitien de gondoles et de barques... Et voici la livraison à domicile de vos fleurs pour vous souhaiter un excellent week-end !!!

mercredi 6 juin 2012

Libreria " Acqua Alta " ...

















Vous êtes là, vous me suivez, nous continuons la visite...
Lorsque nous quittons la réserve qui ressemble à un grenier, juste en face, nous n'avons qu'un pas à faire pour traverser la petite calle et pousser la vieille porte couleur " vert bouteille ".
Après avoir descendu  deux marches, nous pénétrons dans une petite cour qui mène à la Libreria.
Deux  murs de livres  tapissent les façades en brique, des objets insolites sont accrochés et complètent le décor : un vieux kayak, une bouée, une rame... et quelques plantes !
Vous êtes arrivés dans la Libreria principale et quand vous vous retournez  pour jeter un dernier coup d'oeil,
vous pouvez apercevoir le portail, la calle et la réserve d'où nous venions.
Maintenant je vous entraîne vers le lieu que j'avais entrevu depuis le ponte dei Consafelzi...
Une nouvelle petite cour,  emprisonnée, qui malgré la pluie, je me suis réfugiée sous le grand parasol , semble ensoleillée grâce à la luminosité de ses belles briques vénitiennes.
Aujourd'hui je ne m'aventure pas à l'escalade de l'escalier de livres, des tapis recouvrent des marches de bandes dessinées et semblent totalement imprégnés d'eau, l'escalier pourrait se transformer en toboggan !
Sur un des murs, des plantes sont accrochées et s'épanouissent parmi les briques, un drapeau aux couleurs de Venise flotte, une jolie barre de navigation de voilier, j'ai encore l'impression d'être dans la Venise de Corto Maltese !

Dans le livre de Joël Gregogna, j'ai pu lire ceci : E più de Mileun ga dito che sta libreria la più bela del mondo in vérità la sia - Plus de mille et une personnes ont dit que cette librairie était, en vérité, la plus belle du monde. Cette librairie se situe face à la Corte Botera, dont Hugo Pratt a fait la Corte Sconta detta Arcane. (chapitre 4 - l'évangéliste qui fit naufrage à Venise, page 145, La Venise de Hugo Pratt©éditions Dervy)

à suivre....

lundi 4 juin 2012

Une librairie pas comme les autres...
















Que faire une journée quand il pleut à Venise ? En profiter pour aller au musée ou voir des expositions, certes c'était le moment ou jamais ! D'ailleurs c'est ce que j'avais programmé justement aujourd'hui,  Canaletto, Il quaderno veneziano au  Palazzo Grimani ...

Seulement après quelques déambulations, me voilà déjà trempée jusqu'aux genoux, le petit parapluie si pratique pour abriter appareil-photo et tête, se plie et rompt lamentable sous les coups de vent !
Retour à la case départ rapidement par Zanipolo, où après un arrêt chez Rosa Salva pour une ou deux pâtisseries qui seront les bienvenues pour accompagner mon thé de tout à l'heure.

La pluie continue de tomber tristement sur les altane et terrasses que j'aperçois de mes fenêtres.
Allez il faut se secouer, je ne vais pas perdre une journée, à cause du temps, je ne suis pas en sucre !

Déjà Claudie est là avec un parapluie et nous repartons, équipées comme il faut,  pour une balade sans but.
Après un bon chocolat chaud et réconfortant, nous découvrons en traversant le ponte dei Consafelzi, une drôle de construction qui se laisse apercevoir au-dessus du mur proche de la porte d'eau de l'Acqua-Alta !
C'est la première fois que je pénètre dans une autre annexe de la librairie qui se trouve dans l'étroite calle Bragadin o del Pinelli ... C'est donc par elle que je vais commencer ma visite.

C'est une véritable caverne d'Ali Baba, je me faufile et inspecte tous les recoins, les livres envahissent l'espace qui me fait penser à un grenier. Des lustres à pampilles sont suspendus aux poutres, des étagères croulent sous les livres qui grimpent jusqu'au plafond qui est assez bas.
Je croise ça et là,  des encadrements du beau Corto Maltese et de son papa Hugo Pratt, ce qui donne beaucoup de charme au lieu. Tout est impeccablement rangé, laissant un petit couloir au visiteur qui peut rester là de longues heures, cherchant, découvrant et trouvant la perle rare !
Sur une chaise une pile des Chefs-d'Oeuvre de l'art des Grands Peintres,  que Hachette avait édité en 1966,
en apercevant celui consacré à Marquet, j'ai une réminiscence et je me rappelle que j'ai tous ces exemplaires dans la bibliothèque de la maison.
Un  cheval à bascule, un peu " kitsch ", objet insolite, mais la librairie en renferme tant, trône sur le rebord d'une petite fenêtre,  dans la lueur  triste de cette journée pluvieuse,  mais pas comme les autres !
Un dernier regard vers une porte encadrée de livres qui donne sur une petite cour où s'épanouissent quelques plantes parmi quelques chaises abandonnées.
Je me surprends à incliner la tête à droite puis à gauche pour lire des titres qui sont là par milliers, regarder les couvertures, découvrir des livres pour enfants qui feraient pâlir d'envie tous les collectionneurs de "vintage", car très recherchés aujourd'hui.

Il est temps maintenant que je vous fasse traverser la calle pour pousser la porte et découvrir la petite cour aux murs de livres... mais ceci sera pour la suite " d'une librairie pas comme les autres ".
à suivre


L'ACQUA ALTA
Libreria de Luigi FRIZZO
Calle Longa S.Maria Formosa 5176/B
Castello

vendredi 1 juin 2012

Pirro e Tigre vous accueillent dans une Librairie pas comme les autres ...















Une librairie pas comme les autres.
La librairie Acqua alta se trouve sur le petit campiello del Tintor  calle longa Santa Maria Formosa entre le campo Santa Maria Formosa et le campo San Giovanni e Paolo dans le quartier du Castello. Elle est ouverte tous les jours de 9h le matin à 20h le soir,  21h si quelques clients s’attardent pour chercher un livre.
 Dès l’entrée le ton est donné. Un panneau indique : « Welcome to the most beautiful bookshop in the world ». Sur un trépied un plan de Venise avec une flèche et ces quelques mots : « you are here ». Luigi, le libraire, assis à la caisse interpelle chaque visiteur lui demandant sa nationalité et  l’invite dans sa langue (Italien, Anglais, Allemand, Français, Espagnol) à admirer un tableau: « regardez le tableau en vous déplaçant, l’image est en trois dimensions». Puis toujours dans la langue du visiteur : « Suivez les palmes peintes au sol, elles vous mènent à la porte d’eau, il y a une jolie vue sur le canal ». Partout où l’on pose le regard, il y a des livres de toutes sortes dans de nombreuses langues, des livres sur Venise, sur son histoire, sur la lagune, sur les bateaux, sur les peintres, des livres de photos, des bandes dessinées, , il y a même un petit rayon « érotique ». Si vous avez du temps, vous trouverez peut être,  « Le livre »  rare que vous cherchiez depuis longtemps et que vous ne trouviez nulle part ailleurs. Il y a également des posters, des cartes postales, des guides touristiques, des calendriers, des marque-pages... Faire la liste de tout ce que vous pouvez trouver à l’Acqua alta est impossible.
Au centre de la librairie, il y a une gondole qui a été rentrée par la rue. Elle est couverte de livres. Au bout de cette longue pièce, une petite cour avec une table, quelques chaises, le tout abrité par un parasol. Adossé au mur, un escalier de livres permet de grimper pour faire quelques photos du canal. Dans la deuxième pièce, celle où se trouve la porte d’eau, un bateau, une baignoire servent de présentoirs. De l’autre coté de la pièce principale, dans une deuxième petite cour se trouvent deux murs de livres. La visite n’est pas terminée. Il faut passer la porte donnant sur la ruelle et en face  la réserve recueille encore et encore de nombreux livres et quelques objets insolites comme un cheval à bascule.
 Luigi a quatre chats, Musipul (l'attrapeur de rat en vénitien), Dominique, Pirro et Tigre, qui dorment sur les livres et à l'occasion chassent les rats. 
Le libraire n’a pas choisi ce style de librairie, c’est la librairie qui est à son image. C’est un personnage  atypique, plein d’humour, qui dit haut et fort  être un Casanova mais ajoute rapidement que les femmes préfèrent les Casanova plus jeunes que lui. Sa vie est un vrai roman. Enfant pendant les vacances, il était berger et gardait les vaches. A 20 ans, pour assouvir sa soif de liberté et de voyages, il embarque sur un bateau de croisière et fait plusieurs fois le tour du monde. Il a exercé de nombreux métiers, serveur sur les bateaux, croupier dans un casino au Swaziland, guide touristique à Tahiti et bien d’autres encore. Lorsqu’il revient en Italie, il aide la veuve d’un ami qui possédait une librairie. C’est ainsi qu’il a commencé sa carrière de libraire. Le nom de la librairie, l’Acqua Alta (eaux hautes), fait référence aux inondations qui envahissent régulièrement la ville de Venise. Encore un trait d’humour de Luigi FRIZZO.
La librairie et son libraire sont très connus à Venise mais pas seulement dans la cité vénitienne. Luigi est référencé dans beaucoup de guides touristiques et de nombreuses télévisions étrangères lui ont consacré des reportages. C’est un ardent défenseur de l’indépendance vénitienne et l’on peut voir dans sa librairie flotter quelques drapeaux vénitiens.
Cette librairie est unique dans la cité des Doges  et peut être bien unique au monde. Dans cet univers original, rêve et réalité se mêlent. Le charme de ce lieu agit comme un enchantement pour ceux qui ont su garder une âme d’enfant.
 Luigi FRIZZO loue également  dans son logement deux chambres en Bed &Breakfast. L’accueil est sympathique à l’image du personnage.

Librairia Acqua alta Calle longa Santa Maria Formosa 5176/B Castello
Tél : 041 2960841
Mob : 340 6800704


Merci à Claudie (clic) pour ses photos et le reportage.
Dans un prochain billet, je vous ferai découvrir mes images et mes impressions d'un autre jour pluvieux où j'étais très heureuse de me réfugier dans ce lieu !



lundi 28 mai 2012

Le Stagioni del Carteggio Aspern. Omaggio a Henry James

Giardino Palazzo Soranzo Cappello
Rio Marin 770
18 maggio / 14 ottobre 2012
Scenografie verdi in ommaggio a Henry James

LES SAISONS DE LA VIE
*****
Voici les saisons de l'Amour par :

 Muriel Balensi et ses perles uniques, 
Dominique Brunet et ses bustiers aux riches étoffes,
Resi Girardello et ses sculptures travaillées, crochetées,  en fil de cuivre,
mise en scènes par les trois artistes.


Mezzo Giorno / Midi


Mezzo Giorno / Midi


Tramonto / Coucher de Soleil



Palazzo Soranzo Cappello

Giardino


Giardino

ALBA / Aube




ALBA / Aube

Mezzo Giorno / Midi

Mezzo Giorno / Midi

Muriel Balensi et Dominique Brunet


Muriel Balensi et Dominique Brunet

Resi Girardello (clic)
jeune sculpteur vénitienne de talent

TRAMONTO

TRAMONTO


GARDEN PARTY

Parce que la femme est un jardin,
Parce que la femme est un parfum,
Chaque matin une aube mère,
Si blonde, si  brune,
Chaque soir, belle éphémère,
Si ronde, si lune.
De la fraîche rosée,
A la sombre orchidée,
Elle demeure en nos cœurs
Comme la plus rose fleur
Et au cœur de notre âme,
La plus rose des femmes

 Muriel Balensi


*********

... Les papiers de Jeffrey Aspern de Henry James, un petit extrait :

La gondole s’arrêta, le vieux palais était devant nous ; c’était une de ces maisons qui, à Venise, portent ce noble nom jusque dans la plus extrême décrépitude. « Que c’est joli ! ce gris et rose ! » s’écria ma compagne ; c’était la description la plus juste qu’on en pût faire. Le palais n’était pas remarquable par son ancienneté, il datait seulement de deux ou trois cents ans ; et sa vue ne donnait pas tant l’idée de décadence que celle d’un découragement paisible, comme s’il avait en quelque sorte manqué sa carrière. Mais sa large façade, avec son balcon de pierre régnant d’un bout à l’autre du piano nobile — ou premier étage — avait une bonne allure architecturale grâce à ses pilastres et ses arcades diverses ; et le stuc, dont ses murs avaient autrefois été enduits, était d’un ton rosé en cet après-midi d’avril.
Il donnait sur un canal propre et mélancolique, plutôt solitaire, aux deux côtés duquel courait une étroite riva — petit trottoir commode aux gens de pied. « Je ne sais pourquoi… il n’y a pas de pignons de briques, dit Mrs. Prest, mais ce coin m’a déjà paru plus hollandais qu’italien, plutôt d’Amsterdam que de Venise. Il est anormalement propre pour quelque raison personnelle ; et, bien qu’il soit possible d’y passer à pied, c’est à peine si quelqu’un pense jamais à le faire. C’est aussi négatif — étant donné le lieu — qu’un dimanche protestant. Peut-être que les gens ont peur des demoiselles Bordereau. Je suppose qu’elles ont la réputation de sorcières. »
J’oublie quelle fut ma réponse. J’étais absorbé par deux préoccupations : la première était que, si la vieille dame habitait une maison si grande et si imposante, elle ne pouvait guère être dans la misère et par conséquent ne se laisserait pas tenter par l’occasion de louer deux chambres. J’exprimai cette crainte à Mrs. Prest, qui me donna une réponse des plus positives : « Si elle n’habitait pas une grande maison, comment pourrait-il être question qu’elle ait des pièces de trop ? Si elle n’était pas grandement logée, vous manqueriez de terrain pour l’approcher. D’ailleurs, une grande maison ici, et particulièrement dans ce quartier perdu, ne prouve rien du tout : cela marche très bien de pair avec un état de pénurie. Les vieux palais croulants, si vous vous en contentez, dans les quartiers excentriques vous pouvez les avoir pour cinq shillings par an. Et quant aux gens qui y habitent, non, non, jusqu’à ce que vous ayez exploré Venise, socialement parlant, autant que moi, vous ne pouvez vous faire aucune idée de leur désolation domestique ; ils vivent de rien, car ils n’ont rien pour vivre. »
La seconde idée qui m’était venue concernait un grand mur nu qui semblait borner un terrain vide le long d’un des côtés de la maison. Je le qualifie de nu, mais il présentait du haut en bas des taches à ravir un peintre, des brèches réparées, des plâtres croulants, des briques à demi déchaussées, devenues roses avec le temps ; quelques arbres maigres et des supports de treillages délabrés apparaissaient au-dessus de la crête. Ce terrain vide était un jardin et, apparemment, dépendait de la maison. Je sentis soudainement que cette dépendance me fournissait le prétexte cherché. Je demeurais là, dans l’ombre de notre felze, regardant avec Mrs. Prest tout ce décor, baigné de la lumière dorée de Venise, et elle me demanda si j’allais entrer maintenant ou si je reviendrais un autre jour.
D’abord, je ne pus me décider ; c’était, sans doute, une faiblesse de ma part. Je voulais encore espérer que je découvrirais un autre moyen d’accès ; je redoutais un insuccès, car en ce cas, ainsi que je le fis remarquer à ma compagne, je n’aurais plus une corde à mon arc. « Pourquoi n’en auriez-vous plus d’autre ? » interrogea-t-elle, tandis que je me tenais là, assis, hésitant et méditatif. Et elle désira savoir pourquoi, même à cette heure, et avant de prendre la peine de devenir leur pensionnaire (ce qui, après tout, pouvait bien se révéler atrocement inconfortable, dans le cas où ma démarche réussirait), je n’usais pas de la ressource de leur offrir franchement une somme d’argent. De cette façon, j’obtenais ce que je voulais sans passer de mauvaises nuits.
«  Chère madame, m’écriai-je, pardonnez-moi l’impatience de mon ton si je me permets de vous dire que vous semblez avoir oublié la raison même — sûrement je vous en ai fait part — qui m’a contraint à avoir recours à votre génie. La bonne femme ne veut même pas qu’on fasse allusion à ses reliques et à ses souvenirs ! ils sont personnels, délicats, intimes, et elle n’a pas la façon de sentir d’aujourd’hui, Dieu merci ! Si je frappais cette corde tout d’abord, je gâterais certainement le jeu. Je ne puis obtenir mes dépouilles qu’en la prenant par surprise, et elle ne peut être surprise que par une manœuvre séduisante et diplomatique. Hypocrisie, duplicité, voilà mon unique chance. J’en suis bien fâché, mais il n’y a pas de bassesse que je ne commette pour l’amour de Jeffrey Aspern. Il faut d’abord que j’aille prendre le thé avec elle ; puis, je jetterai l’hameçon. »