dimanche 15 janvier 2012

LAURA ET TIGIST (2e épisode)



Non loin de là, dans son atelier, Laura finit de dessiner une esquisse, l'émotion a embrasé ses yeux, elle tient la feuille de papier à bout de bras et ne semble pas satisfaite, elle en reprend une autre et une autre, ses doigts ne se lassent pas de redessiner la scène de ce matin, choisissant plusieurs angles d'attaque jusqu'à trouver celui qui la contentera pleinement. Elle ose enfin s'attaquer à son vrai sujet et fait bientôt apparaître le visage extraordinairement fin et délicat du jeune homme, magnifiquement ciselé par sa peau sombre, elle n'oublie pas d'y inscrire la surprise qu'elle y a déposée elle-même. Quelle malchance, songe-t-elle que je l'ai vu sur l'eau, Venise me joue des tours, pas facile de le joindre ainsi, en plus je ne sais rien de lui. Pourvu qu'il ait bien compris mon message et qu'il soit au rendez-vous ! Elle est de plus en plus inquiète et ne peut plus dessiner. Elle tire de son sac une poignée de noix. Elle les fait rouler dans le creux de sa main, les yeux dans le lointain. Sortant soudain de son rêve elle les casse et se délecte de leur chair craquante et parfumée. Il lui faut un travail répétitif et utile pour tenter de s'apaiser. Elle prend un paquet rempli d'enveloppes et un des cartes postales qu'elle a dessinées et qui viennent d'arriver de l'imprimerie. Elle vérifie leur qualité et, satisfaite, elle se met à les préparer pour la vente, elle glisse dans des sachets transparents individuels une carte et son enveloppe, assortissant les couleurs et les personnalisant d'une étiquette à son nom. Pendant que ses doigts s'agitent, elle se calme mais elle a du mal à penser à autre chose qu'à sa rencontre du matin.
Les heures s'égrènent, interminables. Quelques clients, quelques vendeurs voisins passent, éphémères distractions. Elle repousse vaillamment toutes ses peurs et ses interrogations. Enfin, midi arrive, elle ferme son magasin et part, le coeur battant, rejoindre le campo San Angelo.

Une belle journée claire s'est posée en douceur sur la lagune vénitienne. Laura marche à pas mesurés, elle espère et redoute tout à la fois le moment vers lequel elle se dirige. La lumière s'engouffre derrière elle, joue à cache-cache dans les ruelles empruntées, soudain elle la dépasse et dévale dans le vaste campo San Angelo, drapant les maisons et les palais qui le bordent d'atours étincelants. Des piétons le traversent en groupes épars, les terrasses bruissent de gens attablés et contents, le magnifique puits rond trône, solitaire. Il n'est pas encore là ! Laura parcourt méthodiquement des yeux le campo, non, sa silhouette inimitable ne peut lui échapper, il n'est pas encore arrivé ! Elle s'installe à la table d'une des terrasses et essaie de noyer son attente dans un thé corsé.

Loin de là, sur un bateau bleu, un jeune homme noir, les bras et le dos douloureux, prend un peu de repos tandis que le bateau file vers le port. Il n'a pas très bien compris ce qui s'est passé, tôt ce matin, vers la Punta della Dogana. Son labeur l'ayant totalement accaparé jusque là, il n'a pu prendre le temps d'y songer avant. Les livraisons du matin sont toutes urgentes. Il a du tant de fois charger son diable avec les lourdes caisses de bouteilles, tant de fois couru vers les cafés dont certains, éloignés des rii, l'ont obligé à gravir d'interminables ponts puis il a fallu décharger et revenir en courant en chercher d'autres. Le patron n'est pas un mauvais bougre mais les délais, c'est de l'argent et comme les affaires sont difficiles, pour lui aussi, et la concurrence rude, il le bouscule un peu. Ce matin, il était perdu dans de sombres pensées lorsque la jeune fille a crié. Son contrat de travail se termine à la fin de la semaine et il ne sait pas s'il va être reconduit, tant d'autres attendent d'être embauchés et qui sait, s'ils acceptaient une paie moindre, le patron pourrait être tenté ! Alors ce cri l'avait extirpé avec difficulté de ses problèmes mais surtout, il avait eu beau regarder, il n'avait pas saisi ce qui l'avait motivé, la jeune fille n'avait pas l'air en danger ! Elle était fort jolie mais que lui arrivait-il, que pouvait-elle bien vouloir, lui vouloir, si c'était bien à lui qu'elle s'adressait, le patron ayant assuré qu'il ne la connaissait pas. À la faculté Ca' Foscari, il en rencontrait des jolies brunes comme elle, pas aussi jolies bien sûr, mais si certaines étaient des copines, aucune jusque là n'avait semblé être sensible à son charme. Non, le mystère demeurait et il n'avait rien compris à ce qu'elle avait dit, quelque chose comme "douze cent lot", n'importe quoi ! Il sort son de son sac la gamelle qu'il s'est préparée, les cours l'attendent et il doit reprendre des forces avant d'y retourner, les problèmes d'argent il verra plus tard, le travail ne lui a jamais fait peur, s'il perd celui-là, il en trouvera bien un autre, les boulots durs sont souvent moins demandés, et de toute façon, il n'a pas le choix, sans cet argent comment paiera-t-il sa part de loyer ? Il prend le temps de déguster la salade de riz qu'il s'est préparé, il a mélangé des cubes de topinambours crus, avec des quartiers d'oranges, des feuilles de roquette, de la salade de Trévise, des oignons rouges et de la mozzarella, le tout avec une bonne huile d'olive, du vinaigre balsamique et pour corser un peu l'ensemble, une pincée de berberé, l'assaisonnement typique d'Ethiopie. Il adore faire de tels mélanges, c'est comme si à chaque bouchée, il brassait l'Italie et la terre de ses lointains ancêtres. Tandis que chaque texture et saveur éclatent dans sa bouche, l'image de la jeune fille se glisse dans sa tête. Un frisson le parcourt bientôt, il s'arrête de mâcher, ce doit être le berberé, il avale sa bouchée, le silence se fait, les papilles se taisent, aussi. Comme une déchirure, la jeune fille envahit la totalité de son écran mental.

Au bout d'une heure de vaine attente Laura quitte le campo San Angelo. Elle a le moral dans les chaussettes, elle appelle Luciano, elle voudrait manger avec lui. Il est tout gêné au bout du fil, il n'est pas libre, ils se verront, le soir à la Ca' Da Mosto. Encore un qui se défile, songe-t-elle abattue. Elle plonge sa main dans son sac pour que sa tablette de chocolat vienne à sa rescousse. Elle y sent aussi son carnet et le sort avec soulagement. Elle le feuillette et découvre le fameux bateau bleu. Elle caresse du bout des doigts la longue silhouette sombre qu'elle y a esquissée, une petite douleur aiguise ses pointes dans sa poitrine. Elle le referme et cherche un endroit un peu à l'écart où se poser. Après l'étroitesses de la rue del Frati, elle parvient dans l'immense corridor du campo San Stefano, elle salue avec complicité l'austère statue de Nicolo Tommaseo dont elle aime le beau visage et la pile de livres, malencontreusement placés derrière lui. Elle coupe vers la place San Maurizio et son grand puits qu'elle a souvent croqué. En attendant, la douceur du chocolat s'accroche à ses dents, envahit son palais, coule dans sa gorge et lui redonne de l'énergie. Elle ne va pas se laisser abattre, elle va peaufiner une idée qui vient de germer en elle pour attirer, enfin, l'attention du beau ténébreux, c'est décidé, demain elle retourne à la Dogana, mais mieux armée. La voilà suivant la fondamenta Corner Zaguri, c'est une voie sans issue, elle laisse entrevoir le Canal Grande mais s'achève dans l'entrée d'une maison, d'où sa tranquillité dans son extrémité. Elle s'assoit au bord du canal, sur une des trois marches qui le ponctuent, sort son carnet et attrape au vol, en quelques traits, une jeune femme et sa petite, penchées au-dessus des lignes élégantes d'une gondole endormie là. La mère, tendrement tournée vers son enfant lui parle, la petite écoute, sa frimousse pétille. Laura a juste esquissé la rambarde, le canal, le mur et la porte d'eau, pour mieux s'attarder sur les deux silhouettes et tenter de rendre la complicité qui les lie. Ses doigts courent sur le papier, tandis que ses yeux font d'incessants allers-retours entre son modèle et son carnet. Mais déjà le charme se rompt, elles s'éloignent. La jeune fille parachève les éléments du décor négligés, ajoute les vaporeuses branches d'un arbre s'échappant du haut mur. Elle met son travail à distance pour mieux l'évaluer, fait une moue dubitative, poursuit quelques modifications et finit par ranger son carnet. Il est temps qu'elle rejoigne son magasin, une grande goulée d'eau glisse sa vitalité dans ses artères !

Attablés sur la terrasse du prestigieux Café Quadri, Luciano et Anna dégustent un savoureux café gourmand et ses mignardises. Ces jeunes gens, copains depuis l'enfance, se découvrent comme pour la première fois. Elle avait tant rêvé à lui, le désirant de loin, elle savait ses yeux d'un beau gris mais elle en découvre le lac sombre et profond. Elle aimait depuis toujours sa voix mais elle ignorait combien elle devient caressante, ainsi lancée tout contre sa peau, et tous ses mots, émis rien que pour elle, la font chavirer. Luciano, lui, las de soupirer après une Laura insensible à son charme, a ce matin, regardé Anna. Il ne l'avait jamais vue auparavant, hormis comme une image floue, tellement vite identifiée qu'il ne prenait même pas la peine d'accommoder sa vision. Mais là, elle semble s'ouvrir comme un bouton de rose dès qu'il tourne les yeux vers elle. Comment a-t-il pu ignorer son petit nez en trompette, auréolé de minuscules taches de rousseur, ses yeux noisette, pailletés de vert, ses longs cheveux auburn, ondulants et vivants, sa silhouette, si fine et si vive, son humour et toutes les attentions dont elle le gratifie depuis des mois ? Ils n'ont jamais mangé des mets aussi délicieux que le pique-nique improvisé par Anna et maintenant ils boivent leur café comme une boisson magique, à petites gorgées, les yeux dans les yeux, les doigts tout proches, la peau tendue comme un tambour, le coeur en émoi.

De retour dans son atelier, Laura a une heureuse surprise, une grosse commande vient d'arriver, il s'agit de deux cents petits carnets mais le client souhaite des motifs bien précis et des délais réduits, elle se met aussitôt au travail. Elle rentre tard ce soir là, à la Ca' Da Mosto et n'échange que peu de paroles avec Luciano, de toute façon il a l'habitude, il sait que lorsqu'elle est ainsi accaparée par son travail, elle n'est plus disponible pour les copains. Il ne lui a pas parlé d'Anna, c'est un secret trop neuf, qu'il veut savourer tout seul.

Couchée tard, levée tôt, Laura, après des ablutions rapides, retourne dans son atelier, ses croquis sont finis mais elle doit les présenter au client, voir l'imprimeur, négocier les délais, les prix, discuter des détails techniques et mille autres choses qui vont l'accaparer le reste de la journée. Elle a presque oublié son inconnu. Lui au contraire, quant son bateau, tôt ce matin, a viré devant la Punta della Dogana, l'a cherchée, mais en vain, même son patron a remarqué qu'il était désappointé. Décidément je me suis fait tout un cinéma, songe-t-il avec regret, elle était si belle, je dois me la sortir de la tête, c'était comme un doux rêve.

Anna a respecté sa promesse, elle est allée aider Luciano à sortir son chariot. Il la retrouve avec une joie qui emballe le coeur de la jeune fille. Lorsqu'ils poussent, ensemble, le bric-à-brac du stand, leurs mains se frôlent à plusieurs reprises et, à chaque fois, le coeur d'Anna se serre et la peau de Luciano frissonne. Ils mangent ensemble avec le même plaisir que la veille et jamais la Piazza San Marco n'a été aussi radieuse, les pigeons voltigent autour d'eux à l'affût de leurs miettes, tels un vol de pétales duveteux. Ils ne voient pas le flot de touristes qui s'agglutinent en grappes dispersées mais la lumière, qui scintille sur les flancs des chevaux du Quadrige, éclabousse son or dans leurs yeux. Le soir, leurs pensées vont l'une vers l'autre, mais ils ne s'appellent pas par téléphone, une retenue exquise, une timidité partagée, l'envie de prolonger la douceur de cette attente, la crainte de se tromper, les retiennent, ils ont juste échangé deux SMS aussi discrets que lourds de sens et chacun des deux, ce soir-là, a eu des rêves délicieux.

Laura se couche tôt, elle est exténuée par la courte nuit de la veille et son sommeil agité mêle ses dessins, des carnets qui disparaissent dans une broyeuse folle et dans le lointain brumeux, un étang d'un bleu nuit vers lequel elle court sans jamais l'atteindre, tandis qu'une gondole rouge y glisse, menée par un bel athlète noir.

Une tablée joyeuse mange avec entrain dans cet appartement du Lido que se partagent cinq jeunes colocataires. Leurs visages radieux sont comme un bouquet de diversité. Le plus bruyant est Roméo, le latino dont la maman argentine et romantique l'a doté de ce prénom qui lui ouvre le coeur de toutes les filles. Il est vrai que c'est le polyglotte du groupe et qu'il brasse avec énergie l'espagnol, l'anglais, l'italien et même le chinois. Il a toujours une histoire extraordinaire à raconter et des bras secourables mais volages. À ses côtés l'exubérante Kim Chi, dite "Branche d'Or", rivalise de bons mots pour capter l'attention de l'auditoire. Bassam, "Le Souriant" écoute les uns et les autres avec gentillesse, il est le dernier arrivé de son Liban natal et il n'a pas encore pris ses marques. Gaïa, la Suédoise, grande brune sportive et enjouée, est de corvée avec Tigist, elle l'aide à apporter le dessert, un riz au lait crémeux qu'il réussit mieux que personne. " Tu es le meilleur cuisinier du groupe, sans aucun doute, s'exclame Roméo, des gouttes de lait perlant sur ses lèvres ! " Une ovation d'approbation suit aussitôt. Plus tard dans la soirée Tigist, seul dans sa chambre, s'attarde sur ses livres et ses cours, il a un partiel le lendemain, il se couche tard. L'image de Laura vient visiter ses rêves.

Les brumes des songes ont déposé sur la lagune leurs grands filets blancs, les dieux anciens y pêchent les coeurs des hommes et des femmes en mal d'amour. Ils les recueillent dans leurs grandes épuisettes, les soupèsent et les allègent de toute leur tristesse avant de les plonger, tels des poissons brillants, dans le courant.

Sur la place Saint Marc, deux amoureux passent, enlacés, ils viennent d'échanger leur premier baiser, le monde ne tourne que pour eux. La brume protège leur intimité, ils s'y glissent comme dans de grands draps voluptueux. Les heures se sont perdues dans l'acqua alta, la ville est comme prise dans les glaces, le quotidien a volé en éclats. Luciano et Anna voient leurs deux coeurs courir devant eux, ils les suivent éblouis. Ils ont un impérieux besoin d'effacer le monde, la brume se fait leur alliée, ils rient et la main dans la main ils franchissent dans un même élan les ruelles et les ponts, ils sautent les marches deux par deux puis par trois et aussitôt par quatre, ils finissent par s'envoler. Ils volent avec délices et impatience jusqu'à la petite chambre de la Ca'Da Mosto où leur amour se rassasie en effeuillant leurs corps, goutte à goutte. [à suivre]

Marie-Sol Montes Soler

jeudi 12 janvier 2012

LAURA ET TIGIST (1er épisode)


Elle s'est levée tôt ce matin, comme tous les autres matins. Le soleil est encore embrumé derrière les façades endolories par le tapage du temps. L'eau est coupante dans sa grande bassine d'un blanc de javel. Nue dans cette large coupe elle fait luire au savon toutes les rondeurs de son corps. A ses pieds un seau fume doucement. Elle se penche vers lui et emplit la grande tasse qui attendait tout près. Une tension court de son épine dorsale à ses chevilles. Ses deux lobes fessiers modèlent un coeur. Ses courtes boucles brunes chavirent. Elle se redresse les projetant en arrière et déverse sur ses épaules un long filet d'eau, un murmure de contentement accueille cette chaleur bienfaisante, des gouttes tracent sur son dos des rivières mousseuses. Elle recommence, s'aspergeant avec précision et délectation. Des bulles minuscules miroitent brièvement. Des plaques d'humidité ruissellent le long de ses bras, autour de ses seins, dans le creux de ses hanches, dans les nervures de ses cuisses. La fine arête de son nez brille, ses grands yeux noirs pétillent. Le froid la saisit et hérisse sa peau de minuscules pointes de frissons, elle s'enroule prestement dans une grande serviette rayée. Sous la pression énergique de ses mains, sa peau rougit de plaisir. Elle s'habille vivement, un pantalon en cotonnade rouille, une chemise d'un bleu lavande et un pull fauve, elle a décidé d'accueillir l'automne en honorant ses couleurs. Elle jette un coup d'oeil à sa montre, étalée sur la table, à côté d'un petit bouquet de roses dont les corolles ploient. Sept heures, parfait ! Elle aura le temps de faire un petit tour avant d'aller travailler. Elle débarasse rapidement son nécessaire de bain, essuie l'eau éclaboussée, remet en place sa couette, finit de ranger de-ci-de-là et jette autour d'elle un coup d'oeil satisfait. Un rayon de soleil habille de gaieté sa petite pièce bien ordonnée. Elle glisse dans son sac à dos une tablette de chocolat, quelques noix, une bouteille d'eau et une pomme, sans oublier sa longue écharpe où elle a tricoté avec malice tous les bleus qu'elle a trouvés, des plus subtils, aux plus sombres. L'image d'un bateau bleu et d'un visage d'ébène traverse, sans crier gare, l'écran de ses pensées. " Le verrai-je ce matin ? " Elle descend l'escalier étroit et obscur, des bruits divers résonnent dans l'ancien palais délabré que le vieux Dominici a aménagé en chambres, louées à bas prix. Luciano doit se préparer, elle tambourine à sa porte. ""C'est moi, je pars, es-tu prêt ? " Une tête ébouriffée surgit dans l'embrasure, des yeux gris débordants de douceur la contemplent. " Tu es magnifique Laura ! " " Toi par contre tu as besoin d'un bon relooking ! J'y vais, j'ai pas le temps de t'attendre. " Elle dépose une bise sonore sur sa joue. Le grand jeune homme la voit disparaître dans les ombres du palier. " On mange ensemble ? " Lui crie-t-il. " OK, je passe à ton stand si j'ai pas trop de monde. " Lui répondent les murs nus. Il attend que le tambour des pas cesse, puis dans un soupir, il referme sa porte.

Elle se retrouve sans transition face au ciel vénitien. Au-dessus de la Ca'Da Mosto, loin là haut, dans le grand large, les goélands tournent et piaillent sans vergogne. Elle doit protéger ses yeux d'un soleil à vif qui l'auréole de blancheur. Elle se tient là, immobile et fragile, sur la plus haute marche du grand escalier, abrupt et dégingandé. Tout en bas, une barrière chaotique en barre l'entrée, des herbes folles glissent leurs verts tranchants dans les interstices des contremarches dont certaines sont affaissées, les paliers sont de vrais jardins où des insectes vont et viennent, très affairés. À sa droite, des fenêtres édentées donnent à la façade un équilibre bancal, la lumière y étale ses touches vibrantes de rose et de bleu délavés. L'ancienne beauté des trois baies d'apparat se cache sous la rouille de longues grilles, mais deux vitres rescapées réfléchissent dans leurs lunes, l'éclat métallique d'un bleu matinal. Elle laisse sa main posée sur le muret du garde-corps, ignorant les jaunes soufrés qui l'ont envahi mais évaluant la forte pente de la rampe et les nombreuses fissures qui la déstabilisent. Sortir de chez moi devient de plus en plus dangereux ! Marmonne-t-elle dans ses pensées, Dominici exagère, un jour ou l'autre, l'un d'entre nous finira par se blesser, ses locations ne sont pas chères mais s'il ne fait rien réparer, cela va vite devenir invivable ! Elle entreprend la descente avec précaution, contourne les planches et se retrouve sur le sol ferme de la ruelle. Elle avance alors d'un pas aussi léger que ses ballerines. Elle a retrouvé toute sa vivacité et se laisse porter par son regard gourmand. Elle aime l'intimité cotonneuse de ces ruelles où la moindre brique capte la lumière dans ses filets roses. L'ombre sculpte avec finesses portes et fenêtres, dans le long et élégant sotoportego Fallier, devant lequel elle s'arrête tous les matins, avant de franchir hardiment le petit pont attenant. L'eau du canal balance entre jour et nuit. Soudain la place San Apostoli s'empare du ciel et le lui offre, translucide et ouvert comme une conque. Elle est enivrée. Elle sent une douceur azurée glisser en gouttes chaudes sur la peau lisse de son visage. Elle ferme les yeux, lui offrant la finesse de ses paupières. Le monde s'efface, rien ne subsiste hormis les cris des oiseaux, le chant de l'eau et ... Une odeur alléchante. Elle l'aspire goulûment, rallume le monde et se remet en marche. Devant un petit café, un homme vêtu de noir finit d'installer les tables et les chaises de la terrasse.

- Buon giorno, Fabio, un thé noir de Chine parfavore.

- Toujours aussi matinale, mia cara, tu vas où aujourd'hui ?

- J'ai à nouveau envie de déguster ma pomme à la Punta della Dogana.

- Joli programme et tes carnets, tu les as oubliés ?

- Même pas en rêve, ils sont là, au plus près de mon coeur et de mes doigts !

- Alors si tu as un petit moment, en fin de journée, passe me les montrer, j'ai beaucoup aimé ton puits d'hier, c'est un de mes préférés, j'y ai navigué vers tant d'îles lorsque j'étais marmot.

- On dirait un vieillard qui parle !

- Je suis tout près de la retraite, ne feins pas de l'oublier, je ne suis pas dupe.

- Pour moi, tu es toujours le plus beau !

Le serveur s'éloigne, plus droit et élégant qu'à son arrivée. Un sourire illumine sa fine moustache poivre et sel.

Laura a repris son chemin, la chaleur du thé s'infiltre en elle, elle se réjouit à l'idée que d'autres friandises l'attendent. Elle fait du lèche vitrines le long de la Strada Nova, elle est toujours à l'affût d'objets nouveaux pour son petit magasin. Le campo Santa Sofia résonne des pas des vénitiens pressés, tout au bout, le traghetto s'emplit rapidement, elle se met à courir et le gondolier l'aide à monter, in extremis. Elle se cale debout, son corps trouvant instinctivement son équilibre. La longue barque, lourdement chargée, dirigée avec précision par ses deux bateliers, traverse silencieusement le Grand Canal. Une fraîcheur dont Laura hume les arômes monte de l'eau brassée par les deux longues rames. Elle regarde approcher les grandes voiles rouges du vaisseau de la Pescaria. Autour de leur frêle embarcation, qui tranche avec aplomb le courant de circulation, vont et viennent de nombreux bateaux. Les livraisons de toutes sortes se multiplient, le ventre de Venise réclame quotidiennement ses tonnes d'offrandes. Elle n'a pas vu le bateau bleu ! Laura débarque, sans oublier de déposer un sourire dans les yeux sans fond du gondolier.
Elle fait face au canal et se fige, éblouie. Face au levant, bravant les siècles, échancrée jusqu'à la déchirure, la Ca' d'Oro s'offre aux regards. L'aurore pose, feuille à feuille, son or flamboyant sur le fin crénelage mauresque, sur les deux loggias superposées dont il cisèle les dentelles gothiques, sur les marbres de la galerie byzantine. L'air et la lumière sculptent les plus fins ornements de l'orient et de l'occident pour ce matin là, vêtir de féerie le plus cristallin des palais. Ces images s'impriment sur la rétine de Laura distillant en elle un bonheur intense. Elle doit s'arracher à cette contemplation avec une petite douleur au ventre. Le vaporetto l'attend au milieu des bâtiments du tribunal, ses pieds claquent, irisant de ses regrets les planches humides de l'embarcadère.

La voilà à la proue, le vent glisse ses longs doigts dans ses boucles, fouette ses joues et festonne de crème l'écume tranchée par le sillage du bateau. Un nouveau bonheur réchauffe son coeur. Les palais se bousculent sur les berges pour attirer son regard. Ils arborent tous leurs draperies les plus chatoyantes, payés à l'astre solaire, au pris fort. Quel terrible tribut devront-ils lui régler en contrepartie ? Elle les couve l'un après l'autre, de son regard de crayon, gravant trait à trait dans sa mémoire leurs profils les plus subtils, leurs couleurs les plus somptueuses. Elle ne se lasse jamais de cette virée dans le Canal Grande, dégustant pleinement l'extravagante beauté du lieu. Elle ne néglige pas pour autant les nombreuses embarcations qui voguent autour du vaporetto. Par deux fois son coeur s'est figé contre le bleu d'une barque, avant de se remettre à battre, s'emplissant de déception. Elle refuse de le chercher mais ses yeux partent, sans la prévenir, à l'affût d'une longue silhouette sombre, entrevue quelques jours plus tôt et qui s'est imposée en elle, avec une rigueur de métronome, jour après jour. Cette image se superpose en transparence à sa vision de cette ville adorée et en renforce la splendeur, y mêlant une pointe d'incertitude et une dose de plus en plus évidente de désir. Le vaporetto ralentit et accoste. Laura débarque, impatiente. L'immense dôme de la Salute érige vers la voûte céleste la rondeur immaculée de sons sein, délicatement posé sur son écrin de chapelles et de volutes en spirales. Elle se penche en arrière pour suivre son ascension, lui sourit puis lui tourne le dos et file vers la Punta della Dogana del Mare. Elle inspire à grandes lampées, ses poumons déployés vers l'air du large. Derrière elle, deux hommes se figent, le premier, un bel adolescent, nu dans sa peau de marbre, tient avec dégoût une grenouille tandis que le deuxième, un homme mûr, se crispe sur son fusil. Ignorant l'un et l'autre, elle s'assoit tout au bord de l'eau. Ses jambes se balancent, le vent lui caresse le visage et vrille ses cheveux, elle croque à pleines dents dans sa pomme, un filet de jus sucré perle aux commissures de ses lèvres, son coeur s'élargit et se met à l'écoute du monde. Elle laisse son regard embrasser l'horizon et glisser sur les deux îles qui lui font face, de la longue échine de la Giudecca, à la tête trapue de Santa Maggiore puis elle est saisie par la pointe du Campanile, avant de tomber dans la Piazzetta, de rebondir sur les deux colonnes, échappant de peu au crocodile de Théodore et au lion de Saint Marc et elle finit par se perdre dans les arcatures de la galerie du Palais des Doges. Elle est grisée par cet incroyable voyage.

Le bruit particulier d'un bateau l'extirpe de sa rêverie, c'est lui ! Surgissant du canal de la Giudecca, une embarcation lourdement chargée de caisses de boissons vire devant elle. Un homme entre deux âges se tient aux commandes tandis que, debout à l'avant, un bel athlète noir laisse ses yeux d'ébène voguer dans une profonde tristesse. Laura est comme pétrifiée, elle l'a reconnu, c'est bien lui, avec ce mélange de force et de fragilité qui l'avait émue jusqu'aux tripes, la première fois qu'elle l'avait entrevu et qui, à l'instant, s'empare d'elle avec la même intensité.
Elle se redresse comme une automate, l'extrême finesse des ses traits sombres, sa bouche si bien dessinée, son corps musclé et svelte et ce vague à l'âme qui l'auréole, tout s'imprime en grand format dans sa peau. Elle ne peut le laisser échapper à nouveau sans rien faire ! Elle crie ! Il se retourne, surpris, elle lui fait signe, il la regarde, incrédule, jette un coup d'oeil interrogateur à son chef, derrière lui, ce dernier a l'air amusé, il regarde mieux la jeune fille, elle est vraiment très belle, son visage s'éclaire. Ils restent là, immobiles, à se regarder. Comme elle est belle ! Comme il est beau ! Le temps ne coule plus... Les bruits reviennent, brutalement, le bateau a continué sur sa lancée, les éloignant irrémédiablement. Elle va le perdre comme les autres fois, elle ne veut pas s'y résigner, elle jurerait qu'il lui a souri ! Elle hurle : " Douze heures trente, Campo San Angelo. " Le bateau est de plus en plus petit, que signifie le geste qu'il esquisse au
loin ? Elle est comme groggy. Le paysage autour d'elle a du mal à revenir, elle marche à petits pas, son sang, peu à peu, reprend sa course normale et la ramène à Venise. " Il m'a vue et j'ai rendez-vous avec lui ! " chante-t-elle, en sourdine puis de plus en plus fort. " J'ai réussi, j'ai réussi ! " Entonne-t-elle en refrain. Une cloche qui sonne au loin la réveille, elle regarde sa montre et se met à courir vers le vaporetto, elle l'attrape au vol.

" Tout me sourit, songe-t-elle, depuis qu'il m'a souri. "

Elle suit la traversée du Canal d'un oeil distrait, débarque dans le quartier de Saint Marc et se précipite dans le dédale des ruelles, direction la Fenice, elle est en retard. Sa grande connaissance des lieux lui permet d'optimiser ses déplacements, l'heure n'est plus à la contemplation, elle franchit les ruelles, les canaux, les ponts, les places, dans le même souffle, sans rien voir. Elle arrive enfin devant la vitrine de son petit atelier-magasin. La grille enlevée, elle allume la lumière, range ses affaires et retombe épuisée sur une chaise. Son portable sonne, elle décroche. Luciano est éconduit avec gentillesse mais fermeté, elle a un rendez-vous important et elle n'ira donc pas le rejoindre. Au bout du fil, le jeune homme regarde mélancoliquement son téléphone. Il le remet dans sa poche et ouvre sa remise, il sort avec précaution son haut chariot plein à ras bord. Il manoeuvre avec lenteur, ce dernier ayant les mêmes mensurations que la porte, tout risque d'accrocher, sa chaise pliante glissée d'un côté, les tee-shirts et les porte-clefs eux dépassant de l'autre, tout en haut ce sont les canotiers et plusieurs sacs rebondis qui coincent, il tire par petits à-coups, se penche de part et d'autre.

- C'est une véritable naissance aux forceps ! Proclame une voix enjouée, dans son dos.

- Ah ! C'est toi Anna, ne me distrais pas, attends que j'ai fini !

- Je vais faire mieux que ça, allez, je surveille le côté droit et toi le gauche.

- Voilà bien la meilleure idée que tu aies jamais eue !

- Si je t'embête, tu le dis tout de suite et je m'en vais !

- Je plaisantais, bien sûr !

Ainsi guidé, Luciano récupère son chariot stand sans encombre, il remercie Anna d'un de ses magnifiques sourires, la jeune fille en rougit de plaisir tandis qu'elle l'aide à pousser et qu'ils se dirigent, cahin-caha, vers la place Saint Marc, tout en conversant joyeusement. Ils l'atteignent sans avoir vu passer le temps. À cette heure matinale la lumière enflamme les mosaïques de la basilique et renforce l'immensité de la Piazza vide. Les serveurs font la mise en place des terrasses et les vendeurs ambulants s'installent. Luciano rejoint son emplacement et se met aussitôt à tout déballer.

- Cela va plus vite à deux, merci Anna, tu m'as bien aidé.

- Je recommence quand tu veux !

- Pourquoi pas, mais dis-moi, si on mangeait ensemble ce midi ?

- Bien volontiers, j'ai découvert un resto végétarien super.

- Pour le resto, ce sera pas possible, je dois rester près de mon stand, je ne peux me permettre de le fermer.

- Alors je m'occupe de tout apporter, et nous pique-niquerons ici.

- C'est trop bien, mais pour le dessert, je t'emmène au Quadri.

- Super mais maintenant il faut que je file, le magasin va ouvrir et la patronne ne va pas tarder à me réclamer.

- Alors à tout à l'heure, Anna.

- À tout à l'heure, Luciano.

Ils se regardent étrangement émus, la jeune fille fait volte face et part rapidement, sa jupe et ses longues mèches rousses virevoltent autour d'elle. (à suivre)

Marie-Sol Montes Soler

mercredi 11 janvier 2012

Du côté de Carampane...suite







En sortant du sotoportego de le Stua et en reprenant la Fondamenta du même nom, nous découvrons le pont delle Tette et lorsque nous traversons, nous pénétrons dans S'Polo.
Nous repartons par le Rio Terà delle Carampane, où nous pouvons voir cette petite échoppe qui fait face à une des rues les plus étroites de la ville, calle Stretta, qui mène Campiello Albrizzi.
Mais la ruelle la plus "Stretta" c'est celle qui se trouve à la gauche du petit atelier, rappelez-vous elle avait presque échappée à mon regard, au bout j'avais découvert une petite corte !(clic)
Juste en face de ce petit carrefour aux calli très étroites, cette belle poignée orne la porte d'une demeure.
Et maintenant pourquoi ce nom de Carampane que l'on donnait aux prostituées vénitiennes ?

Jusqu'en 1358, les prostituées étaient gardées dans un lieu appelé le Castelletto, un groupe de maisons situé près de l'église San Matteo, au Rialto, appartenant aux familles Venier et Morosini. Le soir, après le troisième coup de cloche du campanille de San Marco, les prostituées devaient s'enfermer chez elles et en aucun cas s'exhiber pendant les fêtes de la paroisse.
Avec le temps, les prostituées finirent par essaimer la ville et pratiquer leur commerce un peu partout et notamment près des églises.
En 1421, exaspérée par ces pratiques peu respectueuses, la ville décida à nouveau de les regrouper dans les maisons qu'elle avait héritées de la famille Rampani, une riche et vieille famille vénitienne dont le dernier représentant était mort en 1319. Le palais d'origine de cette famille s'appelant Ca'Rampani, le terme Carampane devint vite usuel pour désigner les courtisanes qui y habitaient...
(le guide Jonglez : Venise Insolite et Secrète)

mardi 10 janvier 2012

Du côté de Carampane...






Ce matin-là avant de traverser le ponte delle Tette qui est la "frontière" entre S'Crose et S'Polo, j'ai pris sur ma gauche la Fondamenta de la Stua qui longe le rio de S.Cassan, afin d'aller faire un petit tour sous le sotoportego et d'entrevoir le campiello du même nom... La lumière est souvent sombre !

"Stua" vient de l'allemand "Stube" bain public où l'on se lavait. On pouvait y faire soigner ses cals ou appliquer toutes sortes d'onguents. Les stueri faisaient leurs études avec les chirurgiens mais nombre de ces bains furent vite soupçonnés d'être des lupanars.
En contrepoint à ces pratiques populaires s'était développé tout un monde raffiné de courtisanes traitées en véritables geishas...**

**Venise, itinéraires avec Corto Maltese Hugo Pratt, Guido Fuga, Lele Vianello

lundi 9 janvier 2012

MERCI




Un grand merci à AnnaLivia, Mes Carnets Vénitiens pour ce sympathique prix et pour toutes les belles photos qu'elle partage avec nous, sur ses carnets, Paris et Venise.
Comme le veut la règle c'est maintenant à mon tour de faire suivre cette récompense à cinq blogs que je suis régulièrement et que je vous invite à découvrir, si ce n'est déjà fait :


Ensuite,
-1] recopier le logo sur son blog - 2] citer la personne qui décerne l'award - 3] prévenir les cinq personnes nommées.

dimanche 8 janvier 2012

Ambiance Vénitienne : brume...

Le brouillard se dissipe peu à peu , mais l'atmosphère subitement devient hivernale. La lumière est belle et pour la unième fois, je ne peux résister à la vue sur le rio de le Romite et ses alentours... Après toutes ces journées ensoleillées, je retrouve cette ambiance vénitienne qui me plaît tant à cette période de l'année.
Lorsque j'arrive sur les Zattere, je retombe dans un brouillard si intense que je n'aperçois pas les fondamenti de l'autre côté du canal de la Giudecca, et le Molino Stucky disparu, comme s'il n'avait jamais existé !
BON DIMANCHE

jeudi 5 janvier 2012

Atmosphère vénitienne : ombre et lumière...









... Pour déchiffrer le Grand Livre des Signes qu'est Venise, le voyageur a besoin de guides et avance dans la complicité secrète d'une écoute. Cette impression d'être conduit par l'indice d'un sourire, d'un récit, d'une chanson par la mémoire vivace d'un poète, d'un peintre, d'un musicien, "comme s'il fallait être introduit, invité par quelqu'un d'autre", un ami qui nous aurait devancé et dont nous savons qu'il rejoint à travers le temps notre ombre, notre passage. D'où cette étrange sensation de toujours revenir sur les traces d'un autre... (Bernard Neau, Venise Miroir des Signes)

mercredi 4 janvier 2012

Notte e nebbia a Venezia


... C'est en y vivant jour à après jour que vous ressentez la plénitude de son charme, que vous laissez son influence exquise s'emparer de votre esprit. Cette créature a les variations d'une femme nerveuse, qu'on ne connaît que lorsqu'on a fait le tour de tous les aspects de sa beauté. Elle a l'esprit élevé ou bas, elle est pâle ou elle est rouge, grise ou rose, fraîche ou blafarde, suivant le temps et suivant l'heure. Elle est toujours intéressante et presque toujours triste ; mais elle est toujours sujette à d'heureux accidents. Vous commencez à éprouver une extraordinaire affection pour ces choses ; vous comptez sur elles ; elles font partie de votre vie. Votre affection devient de la tendresse ; il y a quelque chose d'indéfinissable dans ces rapports personnels et intenses qui s'établissent peu à peu. L 'endroit paraît se personnifier, devenir humain, sensible, et conscient à votre affection. Vous avez le désir de l'embrasser, de le caresser, de le posséder ; et c'est finalement un doux sentiment de possession qui s'élève ; votre séjour devient une perpétuelle affaire amoureuse... Henry James, Vacances romaines.

mardi 3 janvier 2012

Sotoportego dei Squelini : ombre et lumière

Rio Marin
Sotoportego dei Squelini
Fondamenta dei Garzoti
Palazzo Gradenigo...















[...]La vraie façon de jouir de Venise est de suivre l'exemple de ses habitants et de profiter au mieux des plaisirs les plus simples. Presque tous les plaisirs y sont simples ; cela peut paraître un habile paradoxe ; il est cependant soutenable [...]
La seule façon de traiter Venise comme elle le mérite est de lui donner l'occasion de répéter ses atteintes - c'est de s'y attarder, d'y rester et d'y revenir.
Henry James (vacances romaines)

dimanche 1 janvier 2012

Bonne Année, Buon Natale, Happy New Year

Belle et douce Année à vous toutes et à vous tous.

L'année à venir n'existe pas.
Nous ne possédons que le petit instant présent.
(Mahmûd Shabestari)

Alors, je vous offre celui-ci !